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Histoires de Bretagne 6

                                                      Le « monde Celte » et la préhistoire armoricaine...

1 -  Le KILT, les Celtes et leur mode

2 - Carlos Nuñez, aux sources de la musique celtique  www.turismo.gal  www.bretagne-celtic.com  www.terresceltes.net 

3 - Yannick LECERF, livre et Conférence à Acigné " CELTOMANIA"

4 - à paraître en avril 2021 : "Quand la Bretagne était maritime" (Yannick Lecerf)  : origine armoricaine au mégalithisme façade Atlantique. Un livre avec de grandes révélations ! Editions www.skolvreizh.com 

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1 - LE KILT, les CELTES & LEUR MODE 

     - à partir du blog www.nolwennfaligot.fr , continuez avec notre rubrique "Chants traditionnels, paroles de bretons (nes) et d'ailleurs" et l'article sur notre styliste bretonne;

     - ajouts de Yannick Lecerf, archéologue et préhistorien, à la fin des textes.

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     "Les Ecossais n'ont pas inventé le kilt!". Voilà une affirmation qui en chagrinerait plus d'un au moment où le mouvement nationaliste connaît un large succès de Glasgow à Edimbourg ou dans les Highlands. Pourtant cette remarque n'est pas totalement fausse car d'autres nations pourraient revendiquer ce vêtement. Du point de vue de stylistes comme Nolwenn Faligot - une finistérienne qui demeure à Rennes - c'est un problème intéressant, tant il est vrai qu'on peut s'enraciner profondément dans des traditions locales, des modes anciennes et s'inspirer en même temps de créations récentes ou modernes venant d'autres cultures.

     L'univers du TARTAN : propre aux peuples celtes, cette étoffe de laine à carreaux entrecroisés, dont les couleurs seront, principalement chez les Ecossais, associées aux tribus et aux clans. Le coloris comme le dessin indique bien souvent la position sociale au sein de ces clans. www.visitscotland.com 

     L'interceltique du kilt : nos amis Ecossais ne sont pas les seuls à avoir porté le kilt depuis des temps immémoriaux. L'ensemble du monde des Celtes a été concerné lorsque ceux-ci régnaient presque sur toute l'Europe (entre mille ans et trois cents ans avant notre ère). Les archéologues ont trouvé cette "jupe", soit d'un seul tenant attaché à une tunique, soit soit la forme du kilt actuel, parfois en cuir, souvent en tissu comme le lin qui a donné son nom au kilt irlandais "Léine".  www.ireland.com Son emploi était généralisé chez les guerriers, comme en témoigne cette gravure d'un Celte de l'actuelle Slovénie du Vè siècle avant J.C. www.slovenie-secrete.fr 

                                         PHOTO 1

     Ainsi, tout indique qu'avant la conquête romaine, dans le monde celtique couvrant l'Europe de l'Est, la péninsule ibérique, l'Italie, la Gaule, les îles britanniques, des hommes portaient le kilt. Parmi eux, les Galiciens. Jusqu'au XVIIIè siècle, le kilt s'est porté en Galice, et ceci depuis le IIIè siècle avant J.C., si l'on en croit les découvertes des archéologues. Pas étonnant, si l'on songe que la Galice (où se sont installés des émigrés de Bretagne insulaire aux V et VI è siècles) est devenue un vivier de la mode internationale. Ajoutons que, selon la mythologie, la même tribu des "Brigantes" se retrouve en Irlande, en Ecosse et au Pays de Galles. Ils proviendraient d'une émigration de "Gaëls" venus de la partie nord-ouest de la Galice. Ils tirent leur nom de la protection de la déesse totémique de la fertilité, Brigitte. De nos jours, ces mouvements de population seraient prouvés par des analyses ADN. S'ils ont apporté leurs us, leurs coutumes et leur langue gaëlique, pourquoi pas le kilt?  www.turismo.gal 

                                     photo 2

     Autres prétendants au titre de meilleurs porteurs de kilt : les Irlandais. Là encore l'Histoire a son mot à dire. Au VIè siècle existait un Royaume,  à cheval entre l'est de l'Irlande et la Clyde (en Ecosse), le "Dal Riata", et les Irlandais (appelés les Scots) y ont importé, entre autres, la langue gaëlique. Ces Irlandais ont rayonné en Ecosse, croisant le fer avec les tribus autochtones des "Pictes", guerriers farouches dont le nom donné par les Romains (Picti) indique qu'ils étaient "peints", recouverts entièrement de peintures de guerre, pour combattre les légions de Rome à hauteur du mur d'Hadrien.

      Le KILT, porté dans les Highlands écossais, l'Irlande et le Pays de Galles www.wales.com , est une création plus récente ou un renouveau pour la Cornouailles et la Bretagne armoricaine. En Cornouailles, le tartan national jaune et noir a été créé par le linguiste et militant nationaliste Robert Morton Nance (1873 - 1959) www.visitcornwall.com . En Bretagne armoricaine, c'est à Richard Duclos qu'on doit sa renaissance avec la création d'un kilt "national" (enregistré en Ecosse), essentiellement en noir et blanc, marié avec le bleu de l'Arvor (pays de la mer) et le vert de l'Argoad (pays terrestre). Tout porte à croire que les Bretons portaient une pièce de tissu brune nouée autour des reins. En  témoignent les personnages sur le calvaire de Plougastel-Daoulas. D'autre part, une certaine tradition veut que les "bragou braz"- les culottes bretonnes bouffantes - sont en réalité un kilt rallongé qu'on a cousu pour faire des jambes de pantalon.

                                              photo 3               et photo 4

     Il se dit aussi que l'Ecossaise Mary STUART a octoyé le droit aux Bretons de porter le kilt pour les remercier de l'avoir accueillie à Roscoff, en août 1548. Elle fuyait alors les Anglais qui l'avaient défaite, avant d'épouser le roi de France. Allant sur Paris, comme elle passa à Nantes, l'une des deux anciennes capitales de cette Bretagne fraîchement annexée par le royaume de France, on lui avait organisé un défilé, moitié mode, moitié militaire. Pour célébrer la jeune reine âgée de seulement six ans, cent cinquante enfants de moins de huit ans de blanc vêtus traversèrent la ville sur la Loire, jouant fifres et tambourins, ou portant des petites hallebardes et poussant des "vivats"! Mary Stuart posséda l'une des plus belles garde-robes de l'époque.

                                                                           photo 5

     Deux siècles plus tard, c'est encore à Roscoff que débarqua le prétendant au trône des Stuart, Bonny Prince Charlie. Son armée avait été défaite par les Anglais à la célèbre bataille de Culloden, en 1746. C'est pourquoi le tartan fut interdit dans les Highlands par le conquérant jusqu'à la fin du XVIIIè siècle. C'est-à-dire jusqu'à ce que des clans ralliés à la Couronne constituent l'ossature des armées de l'empire britannique, avec des régiments spécifiquement écossais, portant le kilt comme les "Black Watch". Belle solidarité Galice/Ecosse, à la bataille de la Corogne (1809) contre les troupes de Napoléon, soldats écossais et galiciens combattaient ensemble et vêtus de leur kilt! La paix revenue en Europe en 1815, les clans écossais étaient répertoriés et identifiés par le code des couleurs du tartan, parmi lesquels le vert brille dans les clans qui viennent d'Irlande, comme les Mac-Kenzies; le rouge dans les Celtes-Bretons, comme les Mac-Gregors, et le jaune dans les clans danois, comme les Mac-Leods.

                                                                      photo -

     Auteur du roman "Quentin Durward" qui célèbre les liens entre l'Ecosse et la France, l'écrivain Walter Scott préside la "Celtic Society". En 1822, il réunit tous les chefs de clans en leur demandant de venir vêtus d'un kilt pour recevoir avec éclat le roi George VI qui porte aussi un kilt en signe de respect... Walter Scott a également réalisé une oeuvre populaire qui captive l'Europe et qui met en scène d'autres Ecossais remarquables avec les "Aventures de Rob Roy" (1817). On y célèbre un hors-la-loi, représentant l'esprit d'indépendance des Highlands : Robert Mac Gregor surnommé "ROB ROY" ou "Robert le Rouge" (Raibeart Ruadh). "Rob Roy" sera "le" modèle pour nombre d'écrivains français qui désigneront alors la Bretagne comme territoire de prédilection. Déjà glorifiée avec l'Académie Celtique au début du XIXè siècle, la Bretagne sera romancée avec Eugène Sue en 1830, Chateaubriand, Paul Féval et les écrits du "Barzaz Breiz". Tous les grands écrivains de l'époque y débarquent pour découvrir l'authenticité de notre péninsule : Balzac, Victor Hugo, Flaubert, Stendhal, Gérard de Nerval, ... avec des réactions très contradictoires et équivoques (lire la rubrique "Bretagne XVIIIè/XIXè siècle"). L'analyse la plus fine et intéressante sera celle de Jules Michelet.

     Le kilt entourait la mâle assurance des guerriers partis au combat. Mais, en cette fin du XIXè siècle siècle, les femmes allaient réduire le pouvoir des porteurs de kilt, comme la terrifiante Madame Mac'Miche dans le roman de la Comtesse de Ségur : "Un bon petit diable".

     Il existe une bien belle ambiguîté sur le port du kilt, avec un questionnement sur le genre et le sexe en lien avec le mystère du port du vêtement, soit à même la peau nue, avec ou sans sous-vêtement. La militarisation du kilt, provoquée par l'Empire britannique, à la fois dans les régiments écossais et les formations de bagpipes, avait fortement masculinisé son rôle (et imposé, par règlement paradoxal, le port à nu). Puis, au contraire, à l'ère victorienne, établi des normes visant à éviter toute vision ou exhibition jugée obscène lors des cérémonies. Il en fut ainsi pour les jeux gaëliques, la danse traditionnelle ou les compétitions de cornemuses. Au XXè siècle, on a glissé vers l'unisexe. Les puristes rappellent alors que le kilt se porte jusqu'au genou pour l'homme et pas en dessous. Et, soit au-dessus ou au-dessous du genou pour une femme, comme une jupe. Pour les traditionnalistes, un kilt porté trop bas par un homme ferait "efféminé" ("Sissy").

     Certains stylistes écossais d'aujourd'hui ne plongent pas leurs racines explicitement dans les traditions locales, mais innovent et se confrontent à d'autres traditions ethniques. Ainsi, Graeme Armour collabore avec des stylistes du Viêt Nam. Du fait des grands mouvements qui secouent notre planète, à commencer par l'Europe ébranlée par le BREXIT, l'engagement pour la nation écossaise se ressent fortement. Sans nécessairement puiser dans la tradition la plus formelle, des créateurs, comme mon condisciple de Saint Martins - Charles Jeffrey alias "Loverboy", en Glasgow - le proclame sans ambages : "la colère c'est l'énergie. Et quand je me mets en colère, je deviens Ecossais!" Charles Jeffrey a aussi joué le jeu en inscrivant un tartan de sa composition au très officiel "Scottish Register of Tartans". Le beau mariage rouge-bleu rappelle la prédilection de cette couleur en dégradés de bleu des cousins galiciens.

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     Yannick LECERF, archéologue et préhistorien, complète les données sur le "KILT" : "Je trouve la démarche de la styliste Nolwenn Faligot très intéressante. Ses créations et productions vestimentaires font références aux traditions et s'inspirent des discours où se mêlent l'Histoire et le légendaire. Comme de nombreux arguments auxquels tentent de s'accrocher les inconditionnels du Celtisme, le KILT, qu'il soit écossais, gallois ou irlandais, est totalement étranger aux cultures celtes. Ce type de vêtement était déjà porté dès le IXè siècle par les Scandinaves. Lorsque les premières incursions Vikings abordent l'Ecosse, les autochtones constatent que leurs agresseurs portent ce type de vêtement court, donnant plus d'aisance au mouvement. S'il est difficile d'affirmer que cette influence vestimentaire ait pu dès lors être adoptée, on sait par contre que, lors de la conquête de l'Angleterre par Guillaume Le Conquérant au XIè siècle, parmi les troupes normandes (et un tiers de Bretons) qui l'accompagnent, certaines portant le kilt iront s'installer dans la partie écossaise du pays.

     Nota AG : dans ce "tiers de Bretons" figurent les descendants des STUART venant de Dol-de-Bretagne et qui s'installeront en Ecosse ("Histoires de Bretagne 4").

       A partir du XVIIIè siècle, lors du conflit entre Jacques II Stuart et Guillaume d'Orange, les "Jacobites" protesteront à la création du Royaume Uni en portant un kilt pour se reconnaître. En fait, c'est surtout son interdiction promulguée en 1745 qui va réellement lancer sa mode dans les Highlands. Par la suite, des auteurs comme Oscar Wilde ou Bernard Shaw continueront cette tradition vestimentaire dans leurs productions littéraires ou théâtrales.

     Comme on peut le constater avec l'histoire du KILT, on reste bien éloigné de toutes les références celtiques. L'origine linguistique, les croix celtiques, l'écriture oghamique, le triskell, le livre des Kells ou les enceintes protohistoriques et médiévales prises pour des oppida sont des bases bien fragiles, souvent déconnectées de la période de l'Age du Fer. Elles soutiennent tant bien que mal des convictions malmenées par les avancées de la recherche archéologique et paléographique.

     Nous savons aujourd'hui que l'origine de la forte identité des peuples armoricains remonte au début du Néolithique. Ce fait, rejeté quand il est proposé par les archéologues et historiens français, commence par être admis lorsqu'il est confirmé par les archélogues de l'Université Göteborg (Suède). Il faut rester ouvert et accepter la controverse..."

  bonus www.visitsweden.fr 

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       2 - CARLOS NUNEZ, O.F. lundi 11 mars 2019

     Le plus breton des Galiciens, virtuose de la gaïta, a consacré trois ans de recherches à un livre événement qui donnera un état des lieux des récentes découvertes, sidérantes, sur le monde celte et sa musique. "Le Celtes font partie des peuples qui façonnèrent l'Europe. Porteurs d'une même culture matérielle et artistique, ils nous étaient essentiellement connus grâce aux écrits grecs et romains. Aujourd'hui, les découvertes issues de nouvelles disciplines comme l'anthropologie, la paléo-climatologie et la génétique des populations remettent en cause la théorie de l'origine unique de la civilisation celtique. Issues de la péninsule ibérique, des populations proto-celtiques se sont déployées le long des côtes atlantiques de l'Europe après le réchauffement climatique. Cette culture "atlantico-celtique" s'est donc propagée d'ouest en est! et non l'inverse! C'est une nouvelle réalité pour le monde celte.

     Nous avons découvert des instruments sur lesquels jouaient les bardes celtes il y a 2 000 ans, des lyres trouvées en Ecosse et en Galice. Nous avons aussi beaucoup appris d'un document très ancien, le manuscrit "Ap Huw", qui contient les mélodies et les harmonies jouées par les anciens celtes. Ils utilisaient le système binaire, ça ressemble au code informatique : le 1 représente la tonique, le 0 la tension. Quel système ouvert et moderne! Cela explique en partie pourquoi la musique celtique est si vivante aujourd'hui..." par Frédérique GUIZIOU

      3 - Yannick LECERF, livre et Conférence à Acigné "CELTOMANIA"

               Le mardi 3 mars 2015, la soirée "chants et danses de Bretagne" fut suivie d'une conférence dite "Celtomania", à l'invitation d'"Acigné Autrefois"". Le public nombreux fut enchanté de s'informer des travaux de recherche de l'archéologue Yannick LECERF, originaire de Betton. Le conférencier se fit une joie de dédicacer ensuite son dernier ouvrage :

"La Bretagne préhistorique, les peuplements, des origines à la conquête romaine", publié chez "Skol Vreizh". Disponible à l'"Encre de Bretagne" Place Hoche ou au "Forum du livre" galerie marchande Visitation à Rennes.

               Yannick LECERF nous aura permis de vous informer d'extraits de l'ouvrage de 119 pages, lequel comporte de très nombreuses cartes et illustrations en couleurs que nous ne pouvons présenter ici. En septembre 2016 Yannick LECERF, archéologue,préhistorien, ancien conservateur du patrimoine à la Direction régionale des affaires culturelles, chargé de la gestion du patrimoine archéologique du Morbihan, a reçu l'insigne de chevalier dans l'ordre des Arts et des lettres. Une distinction remise par Nathalie Appéré, députée et maire de Rennes.

        La recherche historique bénéficie des apports contemporains des avancées technologiques. Les interrogations sur les éléments déterminant la présence et l'importance du "monde celte" en Armorique sont actuellement réactualisées par nombre de chercheurs dont Vanceslas KRUTA, Professeur aux Hautes Etudes à la Sorbonne de Paris, Jean-Louis BRUNAUX , Directeur de recherches au CNRS spécialiste des Celtes, Patrick GALIOU, Enseignant/Chercheur à l'Université de Bretagne Occidentale à Brest, spécialiste de l'Histoire Antique. Il en est de même en Cornouailles, en Irlande et au Pays de Galles.

Ecoutez l'émission avec Jean-Louis BRUNAUX http://www.franceculture.fr/emission-le-salon-noir-les-gaulois-sont-ils-des-celtes-les-celtes-sont-ils-des-gaulois-2014-11-25 

     "Qui sont les Celtes?"

     L'existence des Celtes est signalée dès le VIème avant JC. par des auteurs latins et grecs comme Hécatée de Milet puis Hérodote. Ces deux auteurs nous informent que le Danube prend sa source au pays des "Keltoï". Quelques décennies plus tard, Posidonios d'Apamée, Strabon, Tite Live et Pline l'Ancien évoquent l'existence de peuplades guerrières : les "Keltoï" en grec, "Celtae" en latin. Après que Rome eut soumis et organisé les peuples de Gaule, l'identité celte sembla sortir de la mémoire collective. Il faudra attendre le XVIIIè siècle pour voir certains érudits s'arrêter sur cette séquence de notre protohistoire.

     "Quelle est donc l'origine de notre "Celtomania"?

      C'est l'oeuvre au XVIIIè siècle d'un évêque anglais James Mac Pherson : un renouveau celtique naîtra dans l'ouest européen. Prétendant avoir découvert les écrits d'un barde légendaire nommé Ossian, l'écclésiastique mégalomane publia "les poèmes antiques d'Ossian". Ces publications, largement diffusées, furent très bien accueillies par une élite intellectuelle...

     Alors qu'après la Révolution une nouvelle société entreprend sa construction, de nombreux érudits vont partir à la recherche des Celtes. C'est ainsi qu'encouragé par le Consulat, Jacques Cambry, Joseph Dubernard, Le Brigand, La Tour d'Auvergne, Louis Guiguené créeront en 1804 l'Académie celtique. Plus de quatre cents intellectuels et notables se regrouperont au sein de cette institution dont la finalité est la recherche de références historiques utiles à la nouvelle nation française. Durant les dix années qui suivront, l'ensemble des membres poursuivra la collecte d'idiomes, de traditions et de monuments attribuables aux Celtes, n'hésitant pas à leur prêter la construction des dolmens, menhirs et autres monuments mégalithiques des cultures antérieures. Emportés par l'enthousiasme du moment et la volonté de trouver des références culturelles à la nation naissante, ces académiciens, démunis des moyens de la science moderne et faisant fi de toutes les prudences élémentaires, s'engageront dans d'hypothétiques affirmations. Dès 1813, cette "Celtomania" sans retenue faisant naître les premiers doutes, opposera certains membres de l'Académie et aboutira à son sabordage en 1814.

     Lorsque Napoléon III institue le second empire, son intérêt pour le celtisme le pousse à soutenir un vaste programme de recherches sur Alésia et Vercingétorix. C'est alors que se forgent définitivement les références celtes dans l'origine de notre culture.

     "Mais pourquoi ce phénomène est-il aussi persistant en Bretagne?"

     Par sa position géographique excentrée sur le vieux continent, la péninsule Armoricaine est, depuis les débuts de l'Histoire, considérée comme un monde en marge. Voir la carte grecque ci-dessous du VIè siècle av JC.

CarteGrecque6iemeSiecle

  Nota Yannick LECERF : "C'est sur la base de ce type de document et sur des écrits des auteurs latins et grecs comme Polybe, Hérodote, Tymagène que les érudits du XVIIIè siècle se sont forgés l'intime conviction que la Bretagne avait de puissantes relations avec le monde celte. Et tout cela sans jamais avoir été capable d'en faire une démonstration étayée par des faits tangibles et vérifiables. A cela sont ensuite venues s'ajouter les divagations de quelques-uns comme William Stukelay qui ont attribué les mégalithes aux Celtes et John Aubrey qui recréa de toute pièce le "DRUID ORDER". Ce fameux 'DRUID ORDER" sur lequel se base encore aujourd'hui tous les nouveaux druides qui sévissent dans la sphère des pays dits celtiques et ceux de la forêt de Paimpont en "Brocéliande" (35)...

     Epargné par les invasions successives et les brassages de populations, le breton apparaît comme un "aborigène" de sang non mêlé. Pourvue d'une haute identité culturelle, marquée par une forte concentration de monuments mégalithiques souvent mal interprétés, la Bretagne est une terre de légendes où le mythe l'emporte trop fréquemment sur la réalité. Certains académiciens celtomanes ont cru y trouver de nombreuses références alors favorables à leurs théories. Et, lorsque par ses descriptions de sacrifices humains sur les tables des dolmens dits celtiques, le courant littéraire du romantisme conduit par François-René de Chateaubriand s'en est mêlé, alors l'image est devenue trop forte pour ne plus laisser de place au doute sur cette réalité.

     Qu'en est-il de la réalité celte?

    Il faut admettre qu'il n'y a pas d'ethnie celte, donc pas de caractère anthropologique spécifique. On doit savoir que le celtisme est fondé sur des communautés migrantes se déplaçant avec femmes et enfants, n'ayant jamais eu l'intention d'établir de royaume ou de bâtir d'empire. Cherchant souvent à s'intégrer aux populations rencontrées, les clans pérégrins, admis au départ, finissent par subir le rejet. Leur économie fondée sur la razzia, le commerce des biens et des esclaves, crée de grands courants commerciaux avec pour axe principal la vallée du Danube. Les Celtes seront, sans doute, la première société d'opulence et de gaspillage.

     "Comment se développent les migrations celtes?"

     Parties des bords de la mer Noire au bronze moyen (vers 1200 avant J.C.), les premières migrations, en suivant le couloir danubien, pénètrent en Europe centrale. On les qualifie de pré-celtiques.

     Puis, durant la période du Hallstatt (de 750 à 450 avant J.C.), des groupes de migrants venus de Bohême et de Moravie se dirigent vers l'ouest. Arrivés vers le centre de la Gaule ils se partagent selon deux directions différentes :

- certains vers le nord-ouest, franchissent la mer, visitent le sud de l'île de Bretagne et se fixent en Irlande.

-  vers le sud-ouest, les autres groupes suivent la côte atlantique pour descendre à la rencontre des Ibères.

RESTEE A L'ECART DE CETTE MIGRATION, L'ARMORIQUE entretient de son côté de nombreux échanges avec les Brittoniques, les Pictes et les gallois.

     Au Vè siècle avant notre ère, lors de la période de la Tène, un nouveau phénomène migratoire s'étend sur l'Europe. Durant les trois siècles qui suivront, de nombreux clans, de nombreuses familles accompagnées de leurs troupeaux et de leurs biens embarqués dans des chariots sillonneront ce vaste espace du nord au sud et d'est en ouest. C'est à ce moment que les Boïens s'installent dans le nord de l'Italie. Ils fondent la culture de Golasecca, avec Mediolanum (Milan) comme ville principale, avant d'être réduits par les légions romaines. On pourrait également évoquer le périple des Cimbres partis du Jutland et des bords de la Baltique pour une longue errance. Descendus jusqu'aux portes de l'Espagne, puis refoulés, ils se trouvent défaits par les armées de Caïus Marius vers Orange en 101 avant J.C.

     Afin de garantir leurs implantations et sécuriser leurs voies de migrations, les Celtes créent des villes fortifiées. Alors le monde européen se couvre d'OPPIDA (sing. oppidum). En Bretagne, malgré leur étendue et aussi par l'absence de véritable investigation archéologique, le camp d'Artus au Huelgoat (29) et celui du Poulailler à Fougères (35) peinent à se faire reconnaître comme des OPPIDA.

    Certains groupes migrants atteignant la Macédoine lancent des incursions dans les Balkans. Surpris par un hiver rigoureux et par une résistance inattendue, acculé à la défaite, leur chef Brennos met fin à ses jours. En 278 avant J.C., engagés comme mercenaires pour le compte de Nicodème de Bithynie roi de Thrace, les survivants, conduits par Lutérios, franchissent le Bosphore et entrent en Asie Mineure pour y conquérir de nouveaux territoires. Puis, suivant Ithridate du Pont, ils prennent possession d'une importante partie du plateau anatolien. Leur accordant à titre de remerciement des terres sur ce plateau (la Galatie), les deux rois grecs ne se doutent pas qu'ils sédentarisent là une communauté guerrière dont les Turcs et les Romains n'arriveront pas à bout. Ainsi installés dans une série de cités-états dirigées par une aristocratie militaire, les derniers Celtes nommés Galates maintiendront les traditions et la langue celtique jusqu'au début du Vè siècle.

    "Qu'en est-il de l'Armorique?"

     Bout du monde, péninsule excentrée par rapport au continent européen, l'Armorique, restée à l'écart des grandes migrations arrivant de l'est, entretient de nombreuses relations commerciales avec les nations qui la bordent. Alors que les échanges avec le sud de la Bretagne insulaire et avec l'Irlande restent fréquents, les communautés armoricaines développent une économie rurale sédentaire. Si certaines découvertes archéologiques (bijoux, poterie, incinération, etc..) confirment des influences culturelles venues du monde celtique, elles doivent être relativisées. Admettons qu''elle accrédite certaines relations avec nos voisins de l'est. Les ornementations sur des poteries peuvent aussi bien résulter d'échanges que de la production locale. Par ailleurs, l'organisation sociétale très hierarchisée, le système économique, la dissémination territoriale des populations, la surprenante rareté des grands sanctuaires, l'absence de certains rituels funéraires comme les riches tombes à char, la modestie de nos forgerons armoricains face à la grande maîtrise sidérurgique reconnue aux celtes, sont autant de données affirmant la réticence de ces derniers à vouloir s'enfermer dans ce territoire du bout du monde.

     L'histoire de la MONNAIE conforte cette démonstration. Apparu au début du VIè siècle avant J.C., sous le règne de Crésus, roi des Lydiens, le monneyage est ensuite adopté par Darius Ier, lorsque ce dernier entreprend d'unifier les poids et mesures de son vaste royaume de Perse étendu de l'Indus au Bosphore. Au IVè siècle avant J.C. , Philippe II, réorganisant les finances de la Macédoine, impose les pratiques monétaires. Alors les Celtes, pourvoyeurs des grands courants commerciaux de l'Europe centrale, n'ont d'autre choix que de s'y soumettre. C'est ainsi que, parallèlement aux routes maritimes du bassin méditerranéen, on peut suivre la progression de la monnaie vers l'ouest du continent. La gaule celtique ne s'y adonnera qu'à partir du IIIè siècle avant J.C. Alors les Arvernes, les Parisii et les Ambianes de la Somme, placés sur les voies migratoires, frapperont leur monnaie.

     Peu perméable aux influences venant de l'est, le monnayage n'est présent en Armorique qu'à partir du milieu du IIè siècle avant J.C. Il débarque par les voies maritimes vénètes. Mais il faut attendre la fin de ce IIè siècle pour voir les Osismes, les Riédones et les Namnètes battre leur monnaie. Ainsi cette référence d'échanges souligne bien les cheminements et le rythme de pénétration de l'''influence celte.

                              CES ARGUMENTS INTANGIBLES SE TROUVENT TROP SOUVENT ECARTES PAR LES TENANTS D'UNE BRETAGNE CELTIQUE.

     "Alors doit-on admettre ne pas avoir vu la moustache d'un Celte en petite Bretagne?"

     Afin de calmer les Bagaudes (révoltes du monde rural gaulois) qui se développent depuis le IIIème siècle, l'autorité gallo-romaine en place fait appel à des mercenaires de légions celto-bretonnes. Arrivent alors dans nos contrées quelques populations de la grande île de Bretagne. Après une courte accalmie, durant tout le Vè siècle, sous la poussée des Pictes, des Calédoniens, des Angles et des Saxons, des groupes civils encadrés par un clergé gyrovague (religieux allant de couvent en couvent) débarquent en petite Bretagne. C'est alors le temps de l'évangélisation menée par les saints bretons (Samson, Brioc, Tugdual, Maclou, Corentin, etc...). Ainsi, le littoral armoricain, puis plus tardivement l'intérieur, accueillant une population chrétienne, se structure autour d'un pouvoir spirituel imprégné d'un celtisme très atténué. Les communautés se regrouperont alors sous la férule de "machtierns" ou chefs de villages, dans une organisation influencée du schéma irlandais/britonnique/gallois. Mais ceux-là sont-ils encore des Celtes? Quelques décennies plus tard, bousculant le monde armoricain, les Francs et les Vikings relègueront aux oubliettes de l'histoire l'épopée celtique.

     Trop accaparé par sa subsistance et les conflits de voisinages générés par la petite noblesse, l'homme du moyen-Age ne se soucie aucunement du phénomène celtique. De plus la monarchie absolue, étouffant toute identité concurrente, accapare l'espace de réflexion. Le Breton travaille la terre ou oeuvre pour le compte du "roulage breton", activité commerciale maritime du moyen-Age.

    On peut donc, sans risque, avancer que les emprunts à la culture celte n'affirment en rien une relation génétique avec ces peuples venu de l'est. LES BRETONS d'ARMORIQUE, ISSUS DES PEUPLES DE L'AGE DU BRONZE, SONT LES HERITIERS DES CULTURES NEOLITIQUES dont les traces d'implantations restent multiples dans nos paysages.

LES GRANDS FLUX MIGRATOIRES CELTES (p.91 de l'ouvrage)

- environ 1300 ans av J.C. : Les Celtes partent des pourtours de la Mer noire en suivant le Danube et s'installent en Europe centrale.

- V et VI è siècles av J.C. : vers le nord de l'Italie (Boïens, Etrusques), le sud/est de la Bretagne insulaire, l'Ecosse et le nord de l'Irlande

- IV et Vè siècles av J.C. : couloir Rhodanien vers le nord de l'Italie (Ligures), Parisii (bassin parisien), Belgique (Belges), Pays de Galles vers l'ouest de l'Irlande, Auvergne (Arvernes), Pays basque espagnol et frontière portugaise (Celtibères)

- IIIè siècle av J.C. : Macédoine, Anatolie turque (Galates)

 

DU "PALEOLITHIQUE" A L'ART MEGALITHIQUE VERS L'AGE DE FER :

- Vers 700.000 ans av J.C. un groupe d'individus s'est arrêté dans la vallée de la moyenne Vilaine, près de la commune de Saint-Malo-de-Phily (35), pour y débiter de très frustes choppers (galets taillés sur une seule façe) dans un grès lustré trouvé sur place.

- aux alentours de 600.000 ans av J.C. des découvertes isolées signalent la présence de populations nomades "Homo erectus" en bordure littorale

- 450.000 ans av J.C. : période de la maîtrise du feu (St Colomban, Carnac)

- 52.000 ans av J.C. : premières sépultures au Paléolithique moyen, l'homme de Cro-Magnon réalise des peintures et gravures dans les grottes.

- 5.000 ans av J.C. : NEOLITHIQUE, PERIODE DU MEGALITHISME pendant 3.000 ans avec les alignements des 16 grands menhirs et les grandes stèles accompagnant le "Géant" de Locmariaquer (56) bloc aujourd'hui couché de 20 mètres de long, les "cairns", sépultures collectives à chambres multiples comme Barnénez (29) et ses 70 mètres de long. Signalons aussi les "allées couvertes" avec des tombeaux collectifs

- 2200 ans av J.C. l'Age du bronze se distingue par des dépôts de fondeurs, caste itinérante qui préfigure une phase pré-monétaire avec les "haches à douilles". C'est la période des "tumulus", des incinérations avec des vases funéraires et du culte solaire.L'homme du bronze délaissera la chasse au profit de l'élevage et des productions agricoles.

- 750 av J.C. : l'AGE du FER et trois et quatre siècles plus tard les migrations celtes en Gaule. 

Dans son ouvrage "une promenade singulière à travers l'Histoire", Michel De Grèce nous raconte les "Celtes" :

" Il est un peuple dont on n'associe pas le nom avec l'Orient, un peuple qui a joué un rôle immense dans l'histoire, dans la civilisation : les Celtes. J'éprouve une étrange attirance pour eux. Je "devine" de loin un lieu celte.J'y découvre chaque fois des affinités étranges. On ne sait pas d'où ils viennent. Ils évoquent l'Irlande, l'Ecosse, le Pays de Galles, la "Bretagne". Cependant leur origine serait orientale. Ils ont fondé entre autres la ville d'Ankara, actuelle capitale de la Turquie, comme par ailleurs la ville de Prague. On connaît à peine leur histoire. Tout chez eux se transmettait oralement. Et pourtant ils ont gravé des traces profondes dans la culture mais aussi la pensée. Ils étaient puissamment versés dans l'ésotérisme. Ils avaient des pouvoirs, de grandes connaissances, ils choisissaient à la perfection leurs lieux sacrés."

     Article O.F. samedi 24 octobre 2015 : Acigné : l'hémochromatose, quand le fer rend malade, héritage des Celtes. Première maladie génétique en France, l'hémochromatose touche une personne sur 200 en Bretagne. C'est une maladie à retardement qui se révèle à l'âge adulte. Cette conférence sera animée par le Pr P. BRISSOT, spécialiste du foie et des surcharges en fer rares d'origine génétique. Mardi 27 octobre, 14H30.

 Mise en "forme" grand public : Alain GOUAILLIER

    4 - Ouvrage avril 2021 : "Quand la Bretagne était maritime"

                                      Yannick Lecerf  www.skolvreizh.com 

Le travail de recherche des meilleurs linguistes européens sur la façade Atlantique (Bretagne, Irlande, Pays de Galles, Cornouailles, partie Ecosse) aura remonté au début du Néolithique, fin Mésolithique,  avec une communauté linguistique qui ne doit rien aux migrations de l'Age de Fer. Le fameux site de Stonhenge était abandonné à l'Age du Fer, sans caractère sacré. Les tombes datent de l'Age du Bronze avec pour occupants des "Gallois". Les peuples de la péninsule armoricaine, à forte identité culturelle, antérieure au mythe celtique, ne doivent rien à des groupes de migrants venus d'Europe Centrale. Ce livre fera référence et suscitera de très nombreux commentaires!